Siham Bouhlal

Extraits de Corps lumière

 

 

Ne plus te voir

C’est chercher dans les particules d’air ta respiration

Dans chaque grain de sable ta peau

Dans chaque larme ton goût

Derrière l’arbre ton ombre

 

Ne plus te voir

C’est courir dans le vide pour suivre ton pas

Tourner la tête partout derrière tes yeux

Me recroqueviller sur mon corps adossé à ton bras

 

 

Ne plus te voir

C’est écouter ta voix qui tambourine contre mon âme

Ouvrir toutes les portes du temps sur ta silhouette

 

Ne plus te voir

C’est déshabiller mon cœur et t’attendre sous le drap

Scruter mes mains regorgeant de ton odeur

 

Ne plus te voir

C’est m’étendre sur le sol et murmurer tes mots

Prendre toute poignée de terre et souffler dessus mes poumons

Épier les bourgeons qui porteront ton visage

 

Ne plus te voir

C’est habiller le vent d’espérances et le laisser partir

Féconder l’eau des ruisseaux de tous les chagrins et ne laisser nul s’y abreuver

 

 

 

 

Ne plus te voir

Ne plus te voir

Qui comprendrait?
 

Extrait de Mort à vif

 

 

Comme un jaillissement des ténèbres

Tu allumas un feu au ciel à la mer au centre de la terre

Tu coulas lumière sur mes obscurités

Injectas la vie dans ce cadavre qui se délitait en moi Comme un jaillissement

Tu pris ma fougue ensevelie et la lanças sur moi

Arrachas mon cœur au cœur du vide

Et le fichas dans ma poitrine

Comme un jaillissement des ténèbres

Tu fis pleuvoir de l’encre sur mon souffle

Et redessinas ses formes

Comme un jaillissement des ténèbres Tu jetas deux dès dans les airs

Et donnas des yeux à mon regard Comme un jaillissement des ténèbres Tu tiras une chevelure de l’infini

Et retraças mes veines

Comme un jaillissement des ténèbres

 

Tu portas ta bouche à mon baiser Et lui fis retrouver ses lèvres

Comme un jaillissement des ténèbres Tu dérobas deux galets à la lune

Et posas deux pointes sur ma poitrine Comme un jaillissement des ténèbres

 

Tu
Surgis
Et
Bus
Le

Ruisseau

Qui

Coula

De

Mon

Sein