Khireddine Mourad

Le Remugle​

 

Ils puent, ils n’ont plus rien – tout nus, mangés au fil du fleuve sempiternel grossi de sang

des innocents; -- leur peau navigue, bactérienne

jusqu’au lac Kivu où se dressa la faux et flottèrent les os

de ces enfants, rames brisées, meurtries aux lueurs du Crépuscule.

 

“Ils se sont étripés, c’est un meurtre notoire et générale. Un génocide!”

 

Il y a là la Famine, la Haine,

un Charognard qui affûte son bec, ses serres, ses prunelles…

 

La latérite s’illumine de sang

dans le couchant…

 

Ici, on s’entretue :

frénésie des peaux, des masques, massacres !

 

Ici, tout est permis, on viole, on assassin des religieuses dans le couvent; on est

le reliquat

des démons de la jungle.

 

A la Kalach, on y va,

à la machette, on subdivise qui vive !..

C’est la danse des sourciers prise dans la souricière… C’est la fuite effrénée

de ces ethnies rébarbatives!.. Ils tuent, ils errent,

marchent péniblement ! Ces hères sont aveugles, veules, haineux.

 

La Peur est une Loi passionnelle…

Où sont les vieux carquois, les lances et les arcs, ces flèches au curare?

 

Tous les morts se redressent, ils pleurent à l’unisson

sur ces haines miséreuses…

 

Lac! ô Lac, voici

 

le pur enterrement

de la terre rwandaise !

 

Ils se décomposent au fond d’un marigot putride.

Mais une fillette rampe, suivie à quelques pas par un vautours
 

A Aimé Césaire

 

Ce n’est pas la terre qui s’étiole, c’est la Lampe du Rêve qui s’éteint dans un Rire ulcérant…

 

Ce ne sont pas les stégomyies qui enveniment le sourire solfatare

de nos chimies, ce sont les pullulations extrêmes des populations…

 

C’est le grincement du sable gris récurrent, à la médiane d’un vol sans élytre, Mante !

d’un vol de neutrinos parmi

l’insaisissable ethnie à la machette coupante…

“voici mon île lointaine, fille de Dorsale,

ô Patrie, très solitaire !

mais solitaire des savanes et du Hoggar qui pèlent l’Afrique

sous la clarté des luminaires

dans le fouissement des météores, frimas noirs du Soleil.

 

La Nuit craque et s’achève ; craque,

 

biscuit séché

aux gammas qui lient le Cercle au Carré des Tumuli, du Baobab,

aux fléaux d’armes sous le nopal oubliés, serpentaires itinérants !...

 

Comédie que cette brousse où les crépitements du feu émettent des criquets :

cheminement de licornes médusées par une Enfance sauvage…

 

Ailleurs, c’est Toi bleu comme un lagon : noire turquoise,

assaillie par les rouleaux du poème et du Rythme.